AVANT-PROPOS

Il a été beaucoup écrit et dit sur les expériences que nous allons essayer ici de décrypter, qui sont dites "de mort imminente". Si cette dénomination a largement contribué à leur diffusion auprès du public, elle a depuis les débuts masqué leur intérêt scientifique et humain, une information superficielle pouvant laisser penser qu'il ne s'agissait que d'hallucinations ou de créations plus ou moins élaborées d'un cerveau souffrant, permettant de vendre à un public naïf de vagues promesses de "vie après la mort".

L'analyse approfondie de nombreux témoignages à laquelle nous allons nous livrer dans les pages qui suivent montrera qu'il s'agit d'un sujet qui, loin de se résumer à une simple interrogation sur la "survie", est susceptible de présenter à tous points de vue un intérêt majeur, non seulement sur un plan humain et existentiel, mais aussi et surtout pour tous ceux, médecins, psychologues et scientifiques qui seront les mieux placés pour les étudier dans les années à venir.

Les controverses historiques qui ont depuis toujours opposé matérialisme et spiritualisme, monisme et dualisme sont encore de nos jours un sérieux obstacle pour un abord serein des EMI. Pourtant, une meilleure connaissance de ce genre de phénomènes ne pourrait que contribuer au recul de tous les obscurantismes, en éclairant les zones encore incertaines de la réalité qui profitent à ces derniers et dans lesquelles tout est encore permis. Nous verrons donc que ces querelles peuvent être dépassées grâce, précisément, à une étude détachée de tout présupposé idéologique.

Les nombreuses enquêtes hospitalières parues dans la dernière décennie et portant sur des patients ayant subi un arrêt cardiaque s'accordent sur une fréquence de survenue aux alentours de 15 %. Il s'agit donc d'un phénomène qui n'a rien d'anecdotique et qui doit à ce titre être pris en compte par toutes les branches de la science - et elles sont nombreuses -qu'il peut intéresser. Une exploration raisonnée, pluridisciplinaire et détachée de tout a priori est devenue inévitable. Elle ne pourra que faire avancer nos connaissances sur la conscience humaine, dont ces expériences représentent un aspect d'autant plus intéressant qu'il est atypique.

Une étude exhaustive des centaines de témoignages recueillis au sein de l'association IANDS-France depuis sa création en 1987 étant matériellement impossible, j'ai retenu pour ce travail les soixante-dix dossiers qui étaient les plus riches en détails, invariants significatifs ou déclarations présentant un intérêt particulier.

Outre une narration détaillée et une éventuelle interview destinée à préciser certains points, les plus récents témoignages comprennent les réponses à un questionnaire qui s'est progressivement enrichi de nouvelles rubriques et questions destinées à approfondir tel ou tel point qui apparaissait significativement de manière répétitive dans les témoignages spontanés. Il comporte aujourd'hui 123 items et devrait continuer à s'étoffer au fil du temps. Nous ne sommes en effet qu'aux prémisses de l'exploration d'un phénomène extrêmement complexe mais néanmoins, nous allons le voir, bien plus cohérent qu'il n'y paraît au premier abord.

Certains éléments particulièrement significatifs, comme les spécificités de la mémorisation et de l'acquisition d'information ainsi que les singularités concernant la perception de l'espace et du temps lors des EMI n'ont été mis en évidence que ces dernières années. Les témoignages récents comportent ainsi beaucoup plus de précisions que les simples narrations des débuts, ce qui rend difficile voire impossible toute étude chiffrée, les points les plus intéressants étant aussi les derniers à avoir été mis en lumière.

Contrairement aux études prospectives ou rétrospectives portant sur des populations et des circonstances homogènes, celle qui suit repose sur des témoignages spontanés et concerne des circonstances extrêmement diverses. Dans la mesure où j'ai choisi les témoignages pour leur intérêt, la fréquence de certaines caractéristiques, comme par exemple l'acquisition d'une information vérifiée sur des événements survenus lors de l'expérience, est certainement surévaluée par rapport à celle qui ressort des enquêtes hospitalières.Au risque de décevoir les amateurs de statistiques, il y aura donc relativement peu de chiffres dans cette étude, qui sera essentiellement phénoménologique et analytique, ne prétendant qu'à une seule chose : montrer, autant pour le public et les principaux intéressés que pour la communauté médicale et scientifique, l'intérêt, la nécessité et la faisabilité d'une recherche approfondie sur un sujet encore très mal connu qui s'avèrera d'autant plus riche de questions et de promesses pour la connaissance que nous le regarderons de près.

Quelques conseils de lecture

Si un livre est séquentiel, composé de chapitres qui se suivent et s'enchaînent, les EMI sont un phénomène extrêmement complexe, comprenant des éléments subjectifs et objectifs souvent intimement mêlés, qui donc ne peut être exposé simplement et de manière linéaire. Pour prendre un exemple, de nombreux témoignages rapportent une "revue de vie" qui, par ses implications éthiques et existentielles, peut sembler essentiellement relever du côté humain et subjectif de l'expérience. Pourtant, si l'on y regarde de plus près, la comparaison des récits permet de faire ressortir de nombreux invariants dont la répétition et la cohérence en laissent entrevoir un côté objectif. La revue de vie est en effet indissociable d'un aspect tout à fait "technique", abordé dans la troisième partie de ce travail, qui est celui des particularités de la perception du temps lors de ces expériences. C'est donc dans ce cadre, dont elle sera l'un des supports, qu'elle sera abordée.

Il en est de même concernant les perceptions objectives de détails ou événements vérifiés qui sont a priori inexplicables. Nous reviendrons à plusieurs reprises sur ce sujet qui deviendra nettement plus compréhensible quand nous aurons exposé certaines particularités de l'acquisition et de traitement de l'information par notre cerveau puis mis en lumière les invariants que sont les particularités précises, cohérentes et répétitives concernant la perception de l'espace pendant une EMI.

Nous essaierons néanmoins, autant que possible, d'étudier séparément le versant humain et l'aspect "technique" de ces expériences, malgré leur intrication qui ne rendra pas cette tâche facile. Ce livre gagnera donc à être relu, éventuellement dans le désordre, chaque chapitre prenant un éclairage nouveau pour le lecteur qui aura assimilé l'ensemble et acquis une première vue globale du sujet.

Je prie enfin ce dernier de ne pas négliger la lecture approfondie des témoignages, qui peuvent paraître fastidieux et sont souvent survolés du fait de leur apparente similarité. Ils représentent le seul matériau qui soit à notre disposition, et, nous allons le voir, c'est en les examinant dans les plus petits détails que nous pourrons trouver de nombreuses clefs.

 

 

 

POSTFACE

Par Evelyne-Sarah Mercier

J'ai rencontré Jean-Pierre Jourdan au cours de l'année 1988, c'est-à-dire peu de temps après avoir fondé IANDS-France, fin 1987. Ce jour-là, quand j'ai vu arriver Jean-Pierre au siège de notre permanence, ni l'un ni l'autre n'aurions pu imaginer que nous ferions ensemble un si long et tumultueux voyage. Deux malentendus nous en empêchaient.

Le premier fut vite dissipé. Nous n'avions ni l'un, ni l'autre la tête de l'emploi. Lui m'avait imaginée en vieille dame pas très drôle et de mon côté j'aurais eu du mal à discerner, sous l'enveloppe décontractée de Jean-Pierre, le médecin hyper sérieux et pointu qu'il a démontré être. Sauf que son côté "cool" est toujours là, apparence vestimentaire inchangée et dérision permanente de son personnage, transparaissant à travers sa prose. Qui pense en effet NDE, pense mort, donc maturité, sérieux, gravité. En fait la NDE bien comprise tourne plutôt l'esprit vers la vie et ses plaisirs. Quant à l'humour trois fois souligné par Jean-Pierre dans les témoignages qu'il présente, il imprègne toujours et notre recherche et nos relations. Ces caractéristiques inattendues de nos personnalités, conjuguées à une convergence de points de vue sur la direction à prendre, nous ont permis de mener à bien, en toute complicité, cette aventure.

Le second malentendu consistait à croire que la NDE nous conduirait en des eaux limpides et tranquilles. Que nenni, ce fut une véritable Odyssée ! Nous avons eu droit à l'attaque des clones, à la concurrence des faussaires et au chant des sirènes. Ces sirènes, les défenseurs de la survivance sous toutes ses formes, nous ont chanté de magnifiques mélodies pour nous faire basculer dans leur camp. Nous avons eu à traiter avec les petits génies de l'entrisme qui sont partis avec une partie de l'association en fonder une quasi-clonée, ou qui ont publié des fac-similés de l'oeuvre associative en "empruntant" quasiment la même équipe. Nous avons vu des copiés-collés d'articles publiés sur des sites dédiés aux NDE sans auteur cité. Enfin, nous avons même dû intervenir pour empêcher une tentative d'hégémonie européenne totalement usurpée.Presque tous ces pilleurs et faussaires lorgnaient vers les marchés porteurs que sont la survie ou le dialogue avec les morts, voire même, pourquoi pas, les OVNI. Ils n'avaient surtout que le talent des autres. Ils ont donc très peu survécu.

Éviter les mirages de la pensée magique et les sauts épistémologiques dans l'au-delà n'a pas été un cap facile à tenir face à une demande constante d'assurances sur la survie. Souvent suspectés de paranoïa ou de frilosité, nous avons toujours trouvé l'un dans l'autre la confirmation que notre résistance stoïque était justifiée. Rétrospectivement, je suis d'ailleurs certaine que c'est notre intolérance aux amalgames qui a permis à IANDS-France de seule subsister. Nous nous sommes ainsi constitué d'excellents souvenirs de guerre, alors que nous nous pensions embarqués sur la mer de la sérénité.

L'association avait démarré sur les chapeaux de roue, réunissant des scientifiques de toutes disciplines dans des réunions hebdomadaires. La Mort transfigurée, ouvrage collectif paru en 1992, signa cette effervescence. Jean-Pierre Jourdan y avait contribué pour deux articles qu'il n'a pas repris dans cet ouvrage et qu'il faut cependant avoir lus pour une vue complète de son travail sur les NDE. La Mort transfigurée fut un succès de librairie : 20 000 ouvrages vendus et rien depuis ne remplaça cette oeuvre collective.

Pour couronner tout l'acquis de IANDS-France, il nous manquait des sommes forcément issues d'une synthèse individuelle. Il a donc fallu attendre quatorze ans pour que le premier des ouvrages de synthèse personnelle soit publié. Quartorze ans, c'est long, mais tout à fait normal compte tenu des conditions et des nécessités de la production d'un tel travail. Qu'attendions-nous ? Surtout pas une nouvelle compilation, encore moins les redites et violons habituels.

Ce dont nous avions vraiment besoin, c'est d'interprétations nouvelles propres à faire progresser notre compréhension de ce phénomène complexe. Cela sous-entend : reprendre avec minutie tous les témoignages récoltés depuis 1988, extraire l'essentiel des travaux publiés dans le monde entier sur les NDE ou dans des domaines pertinents, ceci sans jamais dévier d'une approche scientifique rigoureuse. Le faire sur ses heures de loisir pour "pas un rond". Pas étonnant que parmi tous les chercheurs en lice depuis 1988, il reste aussi peu de candidats aptes ou disposés à accomplir la performance attendue. À ma connaissance, Jean-Pierre et moi sommes les seuls survivants sur ce créneau.

Jean-Pierre a donc rejoint Ithaque plus vite que moi. Je n'en suis pas surprise, son itinéraire était d'un certaine manière plus rectiligne que le mien. L'analyse de cette Odyssée, de ses significations personnelles et socio-anthropologiques, me retiennent encore loin du gué.

Ma synthèse sera fort différente de celle de Jean-Pierre, mais elle convergera sur de nombreux points. J'ai parfaitement reconnu dans son analyse des témoignages le détail de mes constats, le "surlignage" de points essentiels et des interprétations similaires sur le fonctionnement décrit de la perception pendant une NDE. Pourtant nous n'en avions jamais parlé entre nous. Nous avons en effet toujours fait attention à n'échanger que sur des axes de recherche suffisamment différenciés pour ne pas déteindre l'un sur l'autre. Ceci est donc très encourageant.

C'est ce travail de base sur le matériau, en l'occurrence le traitement de milliers de pages de témoignages et un dialogue continu avec non pas dix ou vingt témoins, mais des centaines, qui permet de faire ressortir des régularités. Cet apport de témoignages est l'un des points forts de ce livre. Toute personne un peu sérieuse qui voudra désormais écrire ou réfléchir sur les NDE sans passer par la constitution d'une base de données suffisante, aura la possibilité d'étudier celle publiée dans l'ouvrage de Jean-Pierre Jourdan et aucune excuse de faire sans. Cela nous évitera peut-être dans le futur toutes ces contributions "obligées" par des non-spécialistes dont les diplômes les font s'autoriser à en parler sans avoir étudié les cas.

Raymond Moody a participé avec nous et bien d'autres chercheurs au colloque international qui s'est déroulé à Martigues le 17 juin 2006, pour faire le bilan de trente ans de recherches. La communication de Jean-Pierre est celle qui l'a le plus frappé et enchanté. Enfin du neuf et du stimulant, a-t-il pensé. Avec le temps sa démarche est de plus en plus philosophique, conforme à sa vocation d'origine. Raymond Moody est d'abord philosophe de formation, puis il est devenu psychiatre. Son espoir : pouvoir trouver pour les NDE des chemins de pensée nous sortant des autoroutes habituelles. La présentation de Jean-Pierre sur la cinquième dimension a donc provoqué son enthousiasme. À vous de juger. Jean-Pierre est irréprochable quant au statut à donner à son modèle. D'une part, il ne s'agit pas de la conscience toute entière, mais de quelque chose qui perçoit. Et tout se passe comme si "cela" percevait à partir d'une dimension supérieure à la nôtre. Personne n'est à même de dire aujourd'hui si cela est possible, ni si cela ne remplace pas un problème par un autre encore plus complexe, mais on peut mettre au crédit de Jean-Pierre que d'une part il a fait le travail sur les témoignages tel qu'il doit être fait pour obéir à une démarche scientifique, et de l'autre qu'il a fait l'effort de pénétrer un domaine quasiment inaccessible à notre compréhension ordinaire, celui de la physique fondamentale. Personnellement, je ne sais qu'en penser, mais je sais que mon analyse des témoignages me fait conclure à des illusions de perception que j'ai également détectées. Ces perceptions, il est vrai, s'ajustent bien à l'extrapolation théorique d'une cinquième dimension. Je peux aussi attester que personne n'a jusqu'à présent travaillé aussi minutieusement à faire la relation entre une base de données rigoureusement exploitée et un modèle permettant de leur donner sens.

Evelyne-Sarah Mercier,

Anthropologue, Présidente-Fondatrice de IANDS-France.

L'avant-propos de DEADLINE : les problèmes, les buts, les bases du livre et quelques conseils de lecture.

Postface, par Evelyne-Sarah Mercier